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mercredi 9 janvier 2013

Smoke on the water (DANSE)

D’abord une explosion, un geyser qui se répand dans la ville, placardé sur tous les murs. Puis une rumeur lancinante qui gonfle à mesure que la date de la première approche : l’époque est angoissée, la fin de l’insouciance est inéluctable, l’urgence gronde. Clear Tears / Troubled Waters, la nouvelle création de Thierry Smits (Compagnie Thor), arrive aux Halles dès le 8 janvier. Le public retient son souffle…


Trois ans après To the Ones I Love, applaudi dans dix-sept pays, Thierry Smits revient aux Halles de Schaerbeek pour nous parler du spleen. Sept (tout jeunes) danseurs, magnifiquement accompagnés en live par Steven Brown, Blaine Reininger et Maxime Bodson, explorent leur environnement chaotique, en quête d’espoir.

Les premiers pas sont rudes. La découverte de ce qu’il reste de nature autour d’eux est un éveil douloureux. Individuellement, chaque danseur tente d’apprivoiser une parcelle de ce monde hostile, habité de bruits illisibles, pour y trouver sa place. Tous tombent, finissent par suffoquer, voient leur corps comme écrasés.

Besoin de repères ? Héliocentrisme ? Ce sont des colonnes lumineuses, tour à tour marronniers rassurants, totems mystiques, ou simples émetteurs de chaleur qui vont les aider à se rassembler. Chacun à son rythme est paré d’une touche de bleu, note de calme et de tristesse contagieuse, témoin éclatant du rêve qui s’empare d’eux comme ils créent leur tribu.


Car la mélancolie est un sentiment complexe, « entre tristesse et douceur, espoir et lucidité », comme la musique populaire aux intonations klezmer qui les entraînent dans une bouleversante ronde finale. En effet, cette explosion annoncée, apothéose de la destruction impossible à contenir qui se joue, n’arrivera pas. A la place, Thierry Smits nous offre l’insouciance retrouvée, l’apaisement né de la joie d’être ensemble, car il est « urgen[t] d’espérer ».

Clears Tears / Troubled Waters, de Thierry Smits, du 8 au 16 janvier aux Halles de Schaerbeek (relâche dimanche et lundi). 19€/13€ - 9,50€ sur Arsene50.
Réservations : www.halles.be


dimanche 20 novembre 2011

Occuper l’espace Publique (DANSE)

Publique, spectacle de Mathilde Monnier, Les Halles de Schaerbeek, 27/09/11

Aller aux Halles de Schaerbeek, c’est déjà une aventure en soi : l’Eglise Sainte-Marie trônant au milieu de la circulation, arborant ses couleurs funky dans la nuit tombante, on est déjà un peu dans un décor de conte, pas très loin de l’Orient.
Aller aux Halles c’est aussi savoir que l’on va croiser des OVNI. Les lyonnais ou les autres qui, comme nous, auraient fréquenté Les Subsistances ne seraient pas dépaysés. Le principe du laboratoire artistique, qui peut sembler au départ quelque peu conceptuel, prend tout son sens dès la première représentation, et l’on finit par se dire qu’il porte bien son nom. Bref, moi qui ai de fortes lacunes en danse, quand j’ai vu qu’un des seuls noms de chorégraphes qui me sont familiers était mis à l’honneur, dans une reprise d’un spectacle déjà mille fois applaudi depuis 2004, je me suis dit : « allons-y » !

Et effectivement, Mathilde Monnier n’a pas du tout fait les choses à moitié : composer un spectacle entièrement sur la musique de PJ Harvey, avec huit danseuses qui ne s’arrêtent jamais de bouger, une lumière brute, des récits, une fin théâtrale…
Quelques moments très forts du coup, tous les « solos » notamment, où la folie semble parfois s’emparer progressivement des corps qui ne cessent de lutter pour s’en échapper, ou bien l’amour naissant qui se laisse deviner au travers d’une danse mi-tribale mi-enfantine.

Un langage qui nous parle, car nous avons tou(te)s déjà piqué une petite défoulante dans notre chambre avec du rock à fond, mais qui s’exprime avec la même force du début à la fin, laissant le spectateur non initié dans une attente d’un dénouement (explosif ?) qui ne vient pas. Le retour au calme permet aux voix enfin de résonner, de s’entremêler pour un final théâtral surprenant.

Nous avons donc passé de bons moments, sans finalement tout comprendre. Mais n’est ce pas là tout l’intérêt, pour des laborantins, de pouvoir réaliser leurs expériences sur tout type de cobayes, y compris les non initiés ?

Chorégraphie : Mathilde Monnier / Musique : PJ Harvey / Scénographie : Annie Tolleter / Interprètes : Germana Civera, Ondine Cloez, Corinne Garcia, Natacha Kouznetsova, I-Fang Lin, Ana Sofia Neves Gonçalves, Ayelen Parolin, Filiz Sizanli / Coproduction : Festival Montpellier Danse, Théâtre de la ville paris, Festival d’automne, deSingel Anvers, Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc-Roussillon.